RDC : le renouvellement de la classe politique, un impératif au-delà de l’âge et du genre (Roland Mimi)
En République démocratique du Congo, la question du renouvellement de la classe politique demeure centrale dans le débat public. Pour Roland Mimi Ngoy, acteur sociopolitique et président de Dignité RDC, parti politique en gestation, l’absence de rotation réelle des acteurs politiques constitue l’une des causes profondes du sous-développement du pays. « Nous avons un sérieux problème de mise à jour de la classe politique. Ce sont presque toujours les mêmes acteurs, les mêmes familles, qui dirigent le Congo depuis des décennies », affirme-t-il.
Dans son analyse, Roland Mimi Ngoy replace cette réalité dans une longue continuité historique. Des familles ayant conduit le pays à l’indépendance en 1960, à celles qui ont dominé la période mobutiste, puis les régimes issus de l’AFDL et de l’ère Kabila, les cercles du pouvoir seraient restés largement inchangés. « Le problème n’est pas qu’il s’agisse des mêmes familles, mais les mécanismes non démocratiques par lesquels elles accèdent et se maintiennent au pouvoir, sans le consentement réel du peuple », insiste-t-il.
Cette situation a, selon lui, des conséquences graves sur le plan citoyen. La population développe une méfiance croissante envers les responsables politiques et se détourne progressivement de la chose publique. « Les Congolais ne croient plus au changement, parce que ce sont les mêmes noms qui reviennent et qui échouent. À Kinshasa, on entend souvent dire que les politiciens sont tous les mêmes », observe le leader de Dignité RDC.
Au niveau national, Roland Mimi Ngoy évoque un affaiblissement structurel de l’État. Les institutions fonctionneraient davantage sous l’influence de familles puissantes que sous l’autorité de la loi. « Quand des individus se placent au-dessus de la loi, la justice s’effondre, la séparation des pouvoirs disparaît et les ressources publiques deviennent une caisse familiale », dénonce-t-il, parlant de pratiques « kleptocratiques et totalitaires devenues systémiques ».
Sur le plan international, cette gouvernance aurait pour effet une perte progressive de souveraineté. « Quand un régime doit son pouvoir à des soutiens extérieurs, il devient redevable à ces parrains plutôt qu’au peuple congolais », estime Roland Mimi Ngoy, pointant une dépendance qui hypothèque les ressources nationales au profit d’intérêts étrangers.
Face à ce diagnostic, il plaide pour un renouvellement profond et de long terme de la classe politique, fondé sur la méritocratie plutôt que sur l’âge ou le genre. « Le Congo est grand et il exige de nous de la grandeur. Cette grandeur, c’est mériter les responsabilités par la compétence, l’intégrité et des valeurs humaines solides, sans compromission avec les anciennes pratiques », conclut-il, appelant à faire du profil et de la qualité des dirigeants le socle du redressement de la RDC.
Exaucé KRANE
Ecoutez le podcast dans son intégralité via ce lien https://youtu.be/3V9YSEmkwLw?si=vqw2his0ShzpMcPb